"Just a perfect day
You made me forget myself
I thought I was someone else
Someone good"
LOU REED
"Perfect Day"
You made me forget myself
I thought I was someone else
Someone good"
LOU REED
"Perfect Day"
Aujourd'hui, je me suis fait casser la gueule.
Comme ça. Par hasard.
Je rentrais tranquillement de chez un ami, il devait être vingt-trois heures, vingt-trois heures trente, et soudain trois mecs ont surgi de nulle part pour me casser la gueule. Le premier coup de poing est arrivé sur le côté, droit et raide comme le bras de la Justice. Sonné, j'ai défailli, mes jambes ont demandé aux autorités compétentes la permission de partir en congés, et avant même que la réponse n'arrive, un deuxième poing – un autre, celui d'un autre – s'est abattu, puis les suivants, puis les coups de pied.
En m'excusant à l'avance de violer les sempiternelles idées préconçues, je veux préciser – Dieu sait pour quelle raison – que dans l'instant, fût-il bref, et fût-il, en fin de compte, un autre que le Dernier, on ne voit pas sa vie défiler devant ses yeux. Juste que toute la joie que nous avons pu ressentir dans notre vie nous remonte à la gueule d'un coup, immédiatement transformée par la situation en son plus horrible contraire, puis fusionnant avec elle-même – c'est-à-dire son négatif – vous me suivez, n'est-ce pas ? – pour donner une sorte de surémotion, un ressenti transcendant tout en étant par essence neutre, comme toute la matière et l'antimatière, de ce monde et des autres, surgissant du Vide – ou de sa simple perspective. A peu près le dur sentiment qui devient nous au moment de l'orgasme – et que nous réfutons, omettons, enterrons tout de suite après, car vous comprenez, l'Infini ne peut pas surgir de l'Ordinaire. Logique. Mais l'agression est extraordinaire, au sens premier du terme, et l'esprit n'a plus aucune excuse, aucune base cartésienne (humaine) solide sur laquelle appuyer son mensonge fondamental. Ce qui a existé existe. Point barre. Pour les siècles des siècles.
J'ai longtemps eu une peur panique de me faire agresser, comme ça, par hasard. Le jour où j'ai pris conscience de la réalité des choses, la violence omniprésente, inhérente à la société humaine et tout ce bordel, cette réalité bien spécifique est devenue ma réalité. Le simple fait d'envisager l'agression la rendait réelle, puisqu'au travers de la peur je me l'infligeais à moimême, vous voyez ? De même qu'en concevant notre bonheur, nous le ressentons déjà – la raison et le motif de ces fantasmes bienveillants que nous appelons rêves éveillés. Sans même parler de l'amour, cette hydre miraculeuse, qui coupe ses propres têtes avec amour – mais peut-être suis-je en train de m'aventurer trop loin. Peu de gens connaissent l'amour, peu de gens comprennent l'amour – et peu de gens envisagent l'amour. Ils croient dur comme fer à la délicate et voluptueuse apparition du coup de foudre, ils le donnent comme inspiré d'Une-Autre-Source (la même qu'ils supplient quand ils vont moyennement mal et conspuent quand ils vont extrêmement mal) et par conséquent totalement inaccessible à la réflexion humaine, inintelligible – se contraignant ainsi à en accepter/tolérer/subir les effets, en véritables et uniques créateurs de leur propre déchéance-décrépitude rouge sang, noir haine, blanc standard – et leur haine est parfaite. La beauté ne les atteint plus, ou sous son anti-forme. Au lieu de s'extasier devant la force et l'immensité miraculeuse de Gaïa (la Génitrice), ils se remplissent de honte à se sentir si petits – minables – inexistants, et ne pouvant supporter cette honte, ils la transmettent. Au lieu de profiter du minuscule surgissement de bonheur, ils trépignent et enragent de ne pas avoir l'accès immédiat-illimité au ravissement le plus spectaculaire, et s'en vengent sur leur entourage. Marqués seulement par le moche, le gluant, le limoneux, le bas, le vil, le haineux, ils ne transmettent que le moche, le gluant, le limoneux, le bas, le vil, le haineux, à ceux qui auraient pu déceler le beau, le fluide, le pur, le Haut, le véritable, l'aimant, les transformant en leurs parfaits clones moches, gluants, limoneux, bas, vils, haineux, du genre à casser la gueule à un parfait inconnu au détour d'une rue à vingt-trois heures trente. Ca se tient. Réflexe normal face à ces êtres : nous avons peur car nous nous sentons impuissants. Une peur panique, telle celle que je m'auto-infligeais. Nous en étions donc là. Excusez-moi si je dévie.
Et puis c'est arrivé. Un impondérable. Un écart de trajectoire. Une erreur de parcours. Un problème technique indépendant de notre volonté. Au contraire : totalement dépendant. Causé et causant. C'est la haine elle-même – et donc ma haine, sous ses multiples formes : peur, impuissance, honte, pour ne citer que les déjà citées, vous me comprenez ? – qui m'a cassé la gueule. Je ne pouvais donc pas, en toute logique, en simple logique, réagir par la haine ; ç'aurait été alimenter ma propre douleur, donner raison à la force qui m'avait momentanément terrassé, tout en me remplissant d'elle ; devenir mes agresseurs, devenir plus agresseur que mes agresseurs, et nourrir à la source les agresseurs, réalisés ou potentiels (mais y a-t-il une nuance entre les deux ?), du monde entier.
Alors je me suis calmement relevé. Mon nez pissait le sang, et une espèce de coeur géant, construit dans un alliage de fonte et de vomi, martelait mon buste entier, de la base du cou au départ du pubis. Des pointes de marteau-piqueur chauffées à blanc concassaient de l'intérieur certaines zones de mes jambes. Ma colonne vertébrale n'était plus qu'un accordéon en collier de pierres. Le temps que l'adrénaline redescende de mon cerveau, et mon corps entier ne serait plus qu'un monolithe glaciaire et bouillant, comme un cristal d'azote liquide.
Je suis resté debout, l'esprit ailleurs – où ? Dieu seul le sait, je suppose. Cela a duré un temps infini, sensiblement le même infini que celui durant lequel les trois inconnus m'avaient cassé la gueule. Et puis, surgie de Dieu sait où, comme une petite voix sortie de nulle part et d'ailleurs, un Jimini Cricket ex machina – si vous me permettez ce mélange des genres à la limite de l'anti-littéraire – une unique phrase a résonné dans ma conscience, dans mon corps, dans la rue, dans le monde entier et dans tous les autres mondes, existants ou non.
Ma volonté est celle de l'Univers.
Mon corps a arrêté de me faire mal, j'ai éclaté de rire sans un bruit, et ce non-bruit a fait trembler les murs alentour. Croyez-moi ou non.
Comme ça. Par hasard.
Je rentrais tranquillement de chez un ami, il devait être vingt-trois heures, vingt-trois heures trente, et soudain trois mecs ont surgi de nulle part pour me casser la gueule. Le premier coup de poing est arrivé sur le côté, droit et raide comme le bras de la Justice. Sonné, j'ai défailli, mes jambes ont demandé aux autorités compétentes la permission de partir en congés, et avant même que la réponse n'arrive, un deuxième poing – un autre, celui d'un autre – s'est abattu, puis les suivants, puis les coups de pied.
En m'excusant à l'avance de violer les sempiternelles idées préconçues, je veux préciser – Dieu sait pour quelle raison – que dans l'instant, fût-il bref, et fût-il, en fin de compte, un autre que le Dernier, on ne voit pas sa vie défiler devant ses yeux. Juste que toute la joie que nous avons pu ressentir dans notre vie nous remonte à la gueule d'un coup, immédiatement transformée par la situation en son plus horrible contraire, puis fusionnant avec elle-même – c'est-à-dire son négatif – vous me suivez, n'est-ce pas ? – pour donner une sorte de surémotion, un ressenti transcendant tout en étant par essence neutre, comme toute la matière et l'antimatière, de ce monde et des autres, surgissant du Vide – ou de sa simple perspective. A peu près le dur sentiment qui devient nous au moment de l'orgasme – et que nous réfutons, omettons, enterrons tout de suite après, car vous comprenez, l'Infini ne peut pas surgir de l'Ordinaire. Logique. Mais l'agression est extraordinaire, au sens premier du terme, et l'esprit n'a plus aucune excuse, aucune base cartésienne (humaine) solide sur laquelle appuyer son mensonge fondamental. Ce qui a existé existe. Point barre. Pour les siècles des siècles.
J'ai longtemps eu une peur panique de me faire agresser, comme ça, par hasard. Le jour où j'ai pris conscience de la réalité des choses, la violence omniprésente, inhérente à la société humaine et tout ce bordel, cette réalité bien spécifique est devenue ma réalité. Le simple fait d'envisager l'agression la rendait réelle, puisqu'au travers de la peur je me l'infligeais à moimême, vous voyez ? De même qu'en concevant notre bonheur, nous le ressentons déjà – la raison et le motif de ces fantasmes bienveillants que nous appelons rêves éveillés. Sans même parler de l'amour, cette hydre miraculeuse, qui coupe ses propres têtes avec amour – mais peut-être suis-je en train de m'aventurer trop loin. Peu de gens connaissent l'amour, peu de gens comprennent l'amour – et peu de gens envisagent l'amour. Ils croient dur comme fer à la délicate et voluptueuse apparition du coup de foudre, ils le donnent comme inspiré d'Une-Autre-Source (la même qu'ils supplient quand ils vont moyennement mal et conspuent quand ils vont extrêmement mal) et par conséquent totalement inaccessible à la réflexion humaine, inintelligible – se contraignant ainsi à en accepter/tolérer/subir les effets, en véritables et uniques créateurs de leur propre déchéance-décrépitude rouge sang, noir haine, blanc standard – et leur haine est parfaite. La beauté ne les atteint plus, ou sous son anti-forme. Au lieu de s'extasier devant la force et l'immensité miraculeuse de Gaïa (la Génitrice), ils se remplissent de honte à se sentir si petits – minables – inexistants, et ne pouvant supporter cette honte, ils la transmettent. Au lieu de profiter du minuscule surgissement de bonheur, ils trépignent et enragent de ne pas avoir l'accès immédiat-illimité au ravissement le plus spectaculaire, et s'en vengent sur leur entourage. Marqués seulement par le moche, le gluant, le limoneux, le bas, le vil, le haineux, ils ne transmettent que le moche, le gluant, le limoneux, le bas, le vil, le haineux, à ceux qui auraient pu déceler le beau, le fluide, le pur, le Haut, le véritable, l'aimant, les transformant en leurs parfaits clones moches, gluants, limoneux, bas, vils, haineux, du genre à casser la gueule à un parfait inconnu au détour d'une rue à vingt-trois heures trente. Ca se tient. Réflexe normal face à ces êtres : nous avons peur car nous nous sentons impuissants. Une peur panique, telle celle que je m'auto-infligeais. Nous en étions donc là. Excusez-moi si je dévie.
Et puis c'est arrivé. Un impondérable. Un écart de trajectoire. Une erreur de parcours. Un problème technique indépendant de notre volonté. Au contraire : totalement dépendant. Causé et causant. C'est la haine elle-même – et donc ma haine, sous ses multiples formes : peur, impuissance, honte, pour ne citer que les déjà citées, vous me comprenez ? – qui m'a cassé la gueule. Je ne pouvais donc pas, en toute logique, en simple logique, réagir par la haine ; ç'aurait été alimenter ma propre douleur, donner raison à la force qui m'avait momentanément terrassé, tout en me remplissant d'elle ; devenir mes agresseurs, devenir plus agresseur que mes agresseurs, et nourrir à la source les agresseurs, réalisés ou potentiels (mais y a-t-il une nuance entre les deux ?), du monde entier.
Alors je me suis calmement relevé. Mon nez pissait le sang, et une espèce de coeur géant, construit dans un alliage de fonte et de vomi, martelait mon buste entier, de la base du cou au départ du pubis. Des pointes de marteau-piqueur chauffées à blanc concassaient de l'intérieur certaines zones de mes jambes. Ma colonne vertébrale n'était plus qu'un accordéon en collier de pierres. Le temps que l'adrénaline redescende de mon cerveau, et mon corps entier ne serait plus qu'un monolithe glaciaire et bouillant, comme un cristal d'azote liquide.
Je suis resté debout, l'esprit ailleurs – où ? Dieu seul le sait, je suppose. Cela a duré un temps infini, sensiblement le même infini que celui durant lequel les trois inconnus m'avaient cassé la gueule. Et puis, surgie de Dieu sait où, comme une petite voix sortie de nulle part et d'ailleurs, un Jimini Cricket ex machina – si vous me permettez ce mélange des genres à la limite de l'anti-littéraire – une unique phrase a résonné dans ma conscience, dans mon corps, dans la rue, dans le monde entier et dans tous les autres mondes, existants ou non.
Ma volonté est celle de l'Univers.
Mon corps a arrêté de me faire mal, j'ai éclaté de rire sans un bruit, et ce non-bruit a fait trembler les murs alentour. Croyez-moi ou non.
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